Register Tuesday | December 1 | 2020

Les Cris

A photo essay.

In a usually quiet alleyway, debris from a recent demolition litters the ground. The new condominiums’ vinyl sidings glimmer. These buildings, whose walls still smell like cheap fresh paint, foist themselves upon us, uninvited.

Further off sits a wooden fence, long abandoned by tenants who can’t see themselves caring for a property neglected by its owner, warping under invasive  vines. A few proud occupants plant flowers in the spring and cover their shrubs in the fall. There are stories to be found in one person’s glance or another’s gesture, and also in the anger of more radical individuals who loudly claim symbolic titles to property, based on their long occupation. The city is changing, and the resistance is organizing in all kinds of ways.

The wear and tear of Montreal, when captured by a camera, is loaded with photographic clichés. And yet these images are vital; they document urban development, reminding us that it won’t come without difficulties. For example, the tree that has grown wild in backyard asphalt, even between the chainlinks of a metal fence, will be impossible to dislodge, even once it’s cut down. Here and there are scattered these vestiges of unnoticed lives, screaming disorder, claiming their right not to be part of the album of success. 

These pictures were all taken in Hochelaga-Maisonneuve, in southeast Montreal, between 2015 and 2019. I’d lived in the neighbourhood for several years and was intrigued by how many obvious changes it was undergoing. In another project, I’d already explored one of its outlying lots, where the ruined foundations of the former Canadian Steel Foundries still stood, and had discovered an industrial, working-class history that had once earned the former municipality of Maisonneuve—only annexed to the city of Montreal in 1918—the nickname “Pittsburgh of Canada.” 

The area was gentrifying, and rising rents have continued to push less well-off populations to the city’s outskirts. I can’t deny that I’m part of that process myself: I first moved here because it was affordable, and the new, fashionable businesses in the area have met some of my needs. But as an artist, I also wanted to reflect this changing reality. Walking the streets with a heavy large-format camera from the 1950s, I began by taking portraits of people I met at random. 

I walked through Dézéry, Davidson, Moreau, ­Darling, Aylwin, Sainte-Catherine and other streets, cutting randomly through the alleyways that I have come to know by heart. As time went on, I realized that what I was documenting was not just Hochelaga-­Maisonneuve, but a whole city being transformed by capital and speculation. 

Dans la ruelle habituellement calme, les débris d’une démolition récente jonchent le sol. Les revêtements en vinyle des nouveaux condominiums scintillent. Ces constructions, dont les murs sentent encore la fraicheur d’une peinture bas de gamme, s’imposent sans qu’elles ne soient désirées.

Une clôture de bois, plus loin, fléchit sous le poids des vignes envahissantes, délaissées par des locataires qui ne voient pas l’intérêt de s’investir dans un bien négligé par son propriétaire. Quelques fiers occupants plantent les fleurs au printemps et couvrent les arbustes à l’automne. On devine une histoire dans le regard de l’un ou la gestuelle de l’autre, mais aussi dans la colère des plus radicaux qui scandent très haut leur mécontentement et réclament les titres d’une propriété symbolique, fondée sur la durée de l’occupation. La ville se transforme et la résistance s’organise de toutes sortes de manières.

L’usure de la ville, lorsque transformée en image par l’appareil photographique, ploie sous le poids des clichés. Pourtant, ces images restent vitales dans la documentation du progrès et du développement urbain; elles ne cessent de rappeler à ceux qui l’oublient qu’il ne se fait pas sans heurt. 

Par exemple, l’arbre ayant poussé de manière sauvage dans l’asphalte des cours-arrière, au point de grandir entre les mailles d’une clôture métallique, sera impossible à déloger lorsqu’on le coupera. Pendront alors, ici et là, les vestiges de ces vies malaimées. Ils sont les cris du désordre, réclamant leur droit à ne pas faire partie de l’album de la réussite.

Ces images ont été réalisées dans Hochelaga-Maisonneuve, dans le sud-est de Montréal, entre 2015 et 2019. Habitant le secteur depuis plusieurs années, j’étais intrigué par les changements qu’il subissait. Dans un autre projet, j’avais exploré un de ses terrains périphériques, où se trouvaient les fondations en ruine des anciennes Canadian Steel Foundries. J’y avais découvert un passé industriel ayant jadis mérité à l’ancienne municipalité de Maisonneuve (annexée à Montréal en 1918) le surnom de « Pittsburgh of Canada ». 

Le gentrification du quartier s’observent à tous les jours, alors que la crise du logement fait grimper les loyers et repousse les populations moins aisées vers les périphéries de la ville. Je ne peux nier que je contribue moi-même à ce phénomène : je me suis d’abord installé dans le quartier parce qu’il était plus abordable, et les nouveaux commerces sont venus répondre à certains de mes besoins. En tant qu’artiste, il me semblait toutefois nécessaire de témoigner de cette réalité changeante. Ainsi, marchant les rues avec un lourd appareil photographique grand format, j’ai commencé par réaliser des portraits de gens rencontrés au hasard.

J’ai cheminé au travers des rues Dézéry, Davidson, Moreau, Darling, Aylwin, Sainte-Catherine et autres, coupant au hasard par les ruelles que j’ai appris à connaître par cœur. Avec le temps, j’ai réalisé que ce que je documentais n’était pas seulement le quartier Hochelaga-Maisonneuve, mais toute une ville qui se transforme au gré des capitaux et de la spéculation immobilère.